Architecture : Refuge pour une personne que l'environnement rend malade

Dans la commune bernoise d'Heiligenschwendi, Ruth Krähenbühl-Gerber, atteinte d'une intolérance aux produits chimiques, et son mari Anton Krähenbühl ont fait construire une maison répondant aux critères les plus sévères de la construction éco-biologique. Un bilan cinq ans après

La station climatique d'Heiligenschwendi offre une vue imprenable sur le lac de Thoune.
La station climatique d'Heiligenschwendi offre une vue imprenable sur le lac de Thoune.

(mei) La maîtresse de maison, Ruth Krähenbühl-Gerber, paraît étonnement en bonne santé. Au cours de notre entretien, elle déclare d’ailleurs qu’il y a longtemps qu’elle ne s’était sentie aussi bien. Elle nous dévoile même avoir un hobby : elle pratique le tir.

Allergique à l'environnement

La salle de repos dans laquelle la maîtresse de maison aime se détendre offre un magnifique dégagement.
La salle de repos dans laquelle la maîtresse de maison aime se détendre offre un magnifique dégagement.

Madame Krähenbühl-Gerber n'a pas toujours vécu des périodes aussi agréables que celle-ci. Déjà enfant, elle souffrait d'allergies en partie sévères. Plus tard, dans son métier de peintre sur céramique, elle a été exposée à des produits nocifs qui l'ont encore davantage mise à l'épreuve. Par ailleurs, elle a souvent emménagé dans des appartements nouvellement rénovés, agencés avec des meubles en panneaux de particules et des sols stratifiés. Lorsque, voulant se ressourcer, elle a loué un appartement dans la station climatique d'Heiligenschwendi, la situation s'est soudainement aggravée. « L'appartement venait d'être peint avec des peintures biologiques – et même de tels produits peuvent contenir des plastifiants», déclare la maîtresse de maison. Des gonflements des ganglions lymphatiques, des convulsions incontrôlables des membres ainsi que des étourdissements et des syncopes sont alors apparus. La raison : les polluants dans la maison étaient éprouvants pour elle. Il s'en est suivi le diagnostic de syndrome d'hypersensibilité chimique multiple ou en anglais Multiple Chemical Sensitivity (MCS), une maladie encore peu étudiée en Suisse et non reconnue. Les personnes qui souffrent d'une telle intolérance aux produits chimiques réagissent de façon allergique à presque toutes les substances.

Des préparatifs minutieux

La maîtresse d'ouvrage a testé sa réaction à près de 800 matériaux.
La maîtresse d'ouvrage a testé sa réaction à près de 800 matériaux.

Après certaines hésitations au début, les maîtres d'ouvrage ont décidé de construire à Heiligenschwendi une maison familiale répondant aux critères les plus sévères de la construction éco-biologique. Leurs partenaires dans ce projet étaient l'architecte établi au village, Hanspeter Reusser, du bureau LBA ainsi que l'éco-biologiste de la construction Guido Huwiler. « Nous abordions un terrain inconnu », résume Monsieur Reusser en évoquant ce projet. Une phase de planification intensive a suivi pendant laquelle la maîtresse d'ouvrage a testé sa réaction aux matériaux de construction envisageables. Outre de nombreuses visites médicales, au cours desquelles elle a soumis les différentes substances à des tests kinésiologiques et de biorésonance, elle a déposé également à côté de son lit des pierres de construction pour voir si une réaction apparaissait.

Il y a au premier étage beaucoup de bois d'épicéa.
Il y a au premier étage beaucoup de bois d'épicéa.

La maîtresse d'ouvrage a non seulement testé les substances avec lesquelles elle serait plus tard en contact direct, mais encore des matériaux d'isolation comme la laine minérale, le liège, les panneaux en fibres de bois, mais aussi différents bois. Elle a constaté ainsi que le chêne, à cause de son acide tannique, était à exclure. Le bois de mélèze lui, contient de la résine. Il a toutefois été utilisé à l'extérieur, où la résine peut s'évaporer avec le temps. Et le bois d'épicéa convenait même pour l'aménagement intérieur. Au total, près de 800 matériaux ont été testés par Madame Krähenbühl-Gerber, avec toutes les souffrances que cela impliquait souvent.

Pour les gens en bonne santé, la nécessité d'un tel procédé n'est pratiquement pas concevable – à moins d'avoir déjà assisté personnellement aux réactions d'une personne sensible. « J'ai observé une fois l'apparition soudaine d'une irruption chez une personne ayant touché un matériau isolant. Chez quelqu'un d'autre, cela n'aurait pas causé plus qu'une simple démangeaison», déclare Monsieur Reusser.

Les artisans ont reçu des instructions précises. Ils n'étaient par exemple pas autorisés à fumer sur le chantier et les nettoyages n'étaient possibles qu'à l'eau pure.
Les artisans ont reçu des instructions précises. Ils n'étaient par exemple pas autorisés à fumer sur le chantier et les nettoyages n'étaient possibles qu'à l'eau pure.

Sensibilisation des artisans

Une fois les matériaux choisis, la construction a pu démarrer. Les difficultés suivantes sont alors apparues : Hans Peter Reusser a dû instruire précisément les artisans qui réalisaient les travaux sur place, notamment en ce qui concernait l'interdiction de fumer sur tout le terrain, mais aussi par rapport aux matériaux à utiliser, afin qu'ils renoncent à l'emploi de colles et d'additifs ordinaires. « Comme on le sait, le diable se cache dans les détails », se souvient-il. Lors des travaux de terrassement par exemple, aucun spray ne pouvait être utilisé pour le marquage ; l'isolation des conduites d'eau froide a dû être réalisée en laine de mouton et non avec une gaine PU ordinaire. Pour le sol, les plaques en céramique ne devaient pas être posées avec des joints en mastic, même si cela engendre des transitions moins esthétiques. Ces différentes contraintes ont occasionné environ 20 % de plus de frais supplémentaires par rapport à une construction ordinaire.

Trois niveaux pour plus de sécurité

La maison familiale de trois étages possède à chaque niveau d'autres matériaux.
La maison familiale de trois étages possède à chaque niveau d'autres matériaux.

Pour s'assurer que la maîtresse de maison supporte les substances choisies, d'autres matériaux ont été utilisés à chacun des trois étages de la maison. De cette manière, Ruth Krähenbühl-Gerber aurait eu la possibilité en cas de besoin de passer d'un étage à l'autre. Pour l'étage du bas, par exemple, on a utilisé du béton cellulaire Ytong, pour celui du milieu, des briques et en haut, du bois d'épicéa. Du béton a également été coulé pour les fondations, mais on a renoncé là aussi à certains additifs chimiques, comme par exemple le retardateur de prise, un produit permettant d'éviter que le béton durcisse trop rapidement.

Une longue attente avant de pouvoir définitivement emménager

La maîtresse de maison aime séjourner dans le salon de l'étage intermédiaire qui offre un magnifique dégagement.
La maîtresse de maison aime séjourner dans le salon de l'étage intermédiaire qui offre un magnifique dégagement.

Après les travaux de construction, la maîtresse d'ouvrage a beaucoup hésité à emménager dans sa maison. Elle a, en particulier, longtemps passé ses nuits dans une ancienne caravane qui, par conséquent, était bien aérée. Ce n'est qu'avec la disparition progressive des émanations provenant des matériaux dans la maison et avec des astuces comme la vaporisation du bois avec EM1, un liquide inventé au Japon qui contenait des microorganismes effectifs, qu'elle a petit à petit pu prendre possession de sa maison. Presque deux ans se sont écoulés jusqu'à son emménagement définitif. Les meubles également ont été soigneusement choisis par la maîtresse de maison, car ils devaient aussi avoir été bien aérés. Il n'est donc pas étonnant que certains meubles de jardin aient trouvé leur place dans le secteur séjour. En revanche, les cuisines en bois massif sont en grande partie l'oeuvre d'Anton Krähenbühl qui est menuisier de métier. La maîtresse d'ouvrage aussi a pu tirer profit de son métier pendant la construction de sa maison : en tant que peintre sur céramique, elle a notamment créé les nuances de couleur des murs en crépis de terre glaise.

Des patients MCS pour les vacances

Aujourd'hui, Madame Krähenbühl-Gerber loue à des personnes souffrant de la même maladie l'étage qui pose le moins de problèmes, celui du bas qui, comme tous les autres d'ailleurs,peut être utilisé comme un appartement à part. Dans le milieu privé des personnes atteintes de MCS, la maison des Krähenbühl-Gerber est maintenant tellement connue que même des patients des pays limitrophes viennent trouver à Heiligenschwendi un peu de tranquillité.

Mais tout ne vient pas à point à qui sait attendre : malgré toutes les mesures préventives, les nuisances toujours plus importantes, dues aux lignes électriques, aux clôtures électriques et aux rayonnements des antennes pour la téléphonie mobile représentent un problème grandissant pour la maîtresse d'ouvrage et un grand nombre de ses vacanciers. Même avec un isolement demandant un grand investissement et réalisé par des spécialistes, elle n'a jusqu'ici pu le contenir que partiellement.

infomaison et Hanspeter Reusser Imprimer l'article